Je vais vous raconter une histoire...
Une histoire si belle et si triste que certains douteront qu'elle soit vraie.
Il y a presque 40 ans de cela, nous n'étions encore que des adolescents, Jo et moi fréquentions un "dancing", chacun de notre côté...Nous ne nous connaissions pas. Je vous passe les détails, mais vous livre au passage que c'est elle qui m'a choisi et qu'elle y a mis toute l'énergie que vous lui connaissez.Elle était belle, sportive, un peu garçon manqué et savait sans doute déjà que j'étais celui qui devrait partager sa vie. J'étais con, ébloui, et fier de me sentir à ce point l'objet de son désir. Ça s'est fait.
J'ai fait mon service militaire, j'ai failli mourir d'inquiétude. J'étais loin et enfermé, elle était libre et courtisée. Tout a une fin, même l'apprentissage de la guerre..et lorsque je suis rentré, écoeuré par cette période volée, inutile et parfois destructrice, elle était toujours là..pour moi.
Nous étions si bien ensemble que nous avons décidé de nous marier. Nous avons eu 2 enfants, une fille et un garçon. Stéphanie n' a pas poussée toute seule, il nous a fallu traverser quelques épisodes douloureux, mais ni Jo ni moi n'avons jamais lâché prise et Steph est devenue aujourd'hui ce que personne ne nous encourageait à croire. Florian, lui, est le reflet de sa mère...et je m'ennorgueuillis d'y être un peu pour quelque chose.
Nous avons vécu heureux, vraiment heureux, comme il n'est pas permis de l'imaginer... pendant 40 ans ! Jusqu'au 26 février de cette année à 2h 45 du matin. Cette nuit là restera à tout jamais gravée dans ma mémoire parce qu'elle est la fracture de notre vie, l'instant qui nous invite à prendre conscience que nous sommes mortels, que tout est vain à partir de cette heure, que le bonheur s'évapore, que la chair n'est que chair, que le silence et la solitude feront désormais partie de notre quotidien.
Aujourd'hui, il est probable que mon amour, que je ne savais pas mesurer alors qu'elle était près de moi..aura encore grandi. Il me submerge, me laisse parfois anéanti et j'ose la supplier de moins peupler mes rêves, de partager avec moi cette fabuleuse énergie qu'elle avait de guérir afin de pulvériser des records de bonheur, de me faire le cadeau de sa sagesse et de sa folie, de son altruisme et de sa confiance, de sa gentillesse, de sa tolérance mais aussi de ses révoltes et de ses engagements.
Évidemment, vous qui avez perdu un être cher, pouvez penser que la tristesse et la peine sont universelles et vous ne voyez pas pourquoi notre histoire peut être très différente de la vôtre, en quoi serait elle plus grande et plus belle que la votre ? et vous avez sans doute raison...dans l'absolu !
Mais je suis un peu fou, irrationnel, égoïste et jamais, ô grand jamais, je ne pourrais croire que ma "tite Jo" était comme tout le monde.

 ...et puis comment serai je objectif ?
Elle me manque tellement.